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L’album photo

C’est étrange l’attachement qu’on donne parfois à certains objets, ils deviennent pièces maitresses de nos vies, prennent une place qui ne leur est pas réservée et finalement nous deviennent essentiel.
Depuis le temps j’aurais du m’y faire, oublier ces images du passé, et vivre dans le présent, mais nous ne sommes que des hommes, nos émotions et nos vies nous donnent tellement de points d’attaches dans le passé, comment s’en dépêtrer.
A mon corps défendant, ce moment est devenu un rituel quasi quotidien, je me sers un bon verre, parfois je penche pour un martini qui me rappelle son sourire chaleureux, parfois je prends un whisky que je coupe parfois avec une boisson gazeuse, je revois dans les bulles qui explosent à la surface la malice qui pétillait dans son regard quand elle était heureuse.

C’est incroyable tout ce qu’on voit ensuite, après, quelle douleur peut causer cette prise de conscience.
On se rappelle de tout, des moments tristes, des moments gais, de la joie, de la peine, de tout ce qui fait une vie, et on rie, parfois on pleure, on se laisse submerger par des émotions qui parfois viennent de si loin, si loin en nous.
Alors voilà mon verre servi, je m’assois dans ce canapé usé et ramolli, et j’attrape cet album qui reste en permanence près de moi, comme un doudou, comme pour me rassurer que ce que je me rappelle a vraiment existé, que je ne suis pas encore devenu fou.
Ca me permet d’avoir un point d’attache, un rocher ou m’accrocher, une certitude dans une vie bouleversé totalement écrasée d’incertitudes.

Pour moi cette perte est une histoire, pour d’autres ça en est une autre, toujours une histoire triste, jamais une histoire gai, toujours dans la douleur et les larmes.
Chacun peut y mettre sa propre histoire, tout le monde a déjà vécu ce moment là, n’importe quel moment d’ailleurs, celui d’une terrible douleur, un moment qui se grave dans le cœur comme marqué par un morceau de fer rougeoyant, le genre de douleur qu’on sait qu’elle va nous hanter jusqu’à notre dernier souffle et ne plus jamais nous quitter.
C’est d’ailleurs ce qui nous permet d’avancer, de ne pas nous sentir inutiles ou de baisser les bras, pour continuer à faire vivre ce souvenir et toutes les bonnes choses qui lui sont liées il faut continuer à se battre, à se faire violence pour faire en sorte que le flambeau jamais ne s’éteigne.
Et une fois l’album dans mes mains, je caresse la couverture, plus par habitude, un peu comme si mes doigts pouvaient se rappeler des sensations au seul contact de cet objet si terriblement familier et pourtant terriblement étranger.

On donne parfois tellement d’importance à ces objets qu’on ne les voit plus comme tel, je ferme les yeux et sous mes doigts passent des souvenirs épars, des matières, des sensations, des impressions, ce n’est plus la couverture abimée et craquelée de cet album, c’est un linge, du sable, un bouquet de fleurs fraiches.
Pourquoi lorsque nous vivons ces moments là ne nous rendons nous pas compte de toutes ces sensations et de toutes ces émotions, et pourquoi faut il des douleurs et du temps passé pour se les remémorer et se rendre compte que ces moments de vie nous ont plus marqués que nous ne le pensions.
C’est dans ces instants là, les yeux clos qu’une odeur ressurgit du passé et vient hanter l’atmosphère, elle est présente et ne se dissipe pas, et plus on tente de l’ignorer et plus elle se fait forte.
Et à ce moment là on l’entend, d’abord très doucement, comme un murmure, un chuchotis, et il s’amplifie, commence à se faire clair, à se faire plus précis, et le bruit qui nous est rappelé par cette odeur semble être une clameur, faire partie de la pièce, et peu à peu prend la place de l’odeur dans l’air jusqu’à nous sembler habituel, comme si nous l’entendions chaque instant, et peut être que c’est le cas et que notre oreille nous le fait oublier le reste du temps mais que ce bruit souvenir nous habite totalement est présent chaque instant.

Et la ronde des souvenirs continue chaque sensation appelant la suivante et chaque sens faisant place au suivant dans une ronde toujours articulée de la même manière, et le dernier est la vue, mais pas la vue véritable mais celle que notre cerveau met à disposition de nos souvenirs, l’image se forme, construite par les sonorités qui nous enveloppent et la scène se reconstruit et se reforme c’est dans cet instant que notre corps tout entier le revis, l’habite et le fait prendre totalement corps et âme.
Cet instant magique ou tous nos sens en éveil on est dans le moment qui s’est gravé dans notre mémoire.
Et ils sont nombreux les objets qui nous entourent et qui déclenchent toutes ces choses, et pas seulement ceux qui contiennent réellement les supports de nos souvenirs, un bibelot, un meuble, le dossier d’un fauteuil, voir même la décoration d’une pièce en elle même.
La main sur le papier peint de certaines pièces qui m’entoure m’a souvent donné à revivre des scènes vieilles de plusieurs années, comme un retour dans le passé qu’on pourrait déclencher à loisir.

Puis j’ouvre la couverture abimée et je commence à relever le papier de soie qui recouvre la première photo, et comme à chaque fois je me noie dans les photos et les souvenirs et lorsque je suis ivre de ma tristesse et que ma mémoire se fait douloureuse je referme le livre comme une boite de pandore essayant d’enfermer dedans toute ma tristesse et mon chagrin, comme si le fait de fermer la couverture me permettait d’oublier et de faire table rase.
Mais la couverture fermée je souffre toujours et je sais que je souffrirais tant qu’il me restera un souffle de vie, d’ailleurs n’est ce pas l’une des choses qui nous permette de savoir qu’on est vivant que de souffrir.
Et si ça ne suffisait pas nous en rajoutons puisque chaque minute qui passe nous enfermons nos souvenirs dans notre environnement, dans chaque objet qui nous entoure comme si nous aimions souffrir de tout ces souvenirs, enfin n’écoutez pas un vieil homme aigri, parfois les souvenirs sont beaux, ils sont gais, ils sont le sang qui fait palpiter notre cœur, l’air qui emplit nos poumons, et c’est grâce à eux qu’on arrive à supporter toute la souffrance qu’on emmagasine pour notre vieillesse…
Laissez donc, je rangerai demain, à mon âge, je n’ai plus que ça à faire, rentrez chez vous, vous avez de nombreux souvenirs à fabriquer encore.

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