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Le réveil

J’ai bien dormi. Voilà plusieurs mois que je sommeille entouré de ma famille. Mais j’ai l’impression qu’il est l’heure. Je suis le plus vieux, donc je suis le premier à me réveiller. Les petits sont enroulés autour de leur maman. Leur chaleur est réconfortante. Doucement je commence à m’étirer. Plusieurs mois sans bouger il ne faut pas se lever trop vite. Lentement petit à petit je sens mes muscles qui s’éveillent aussi, qui se rappellent à ma conscience. Mon ventre grogne, celui des autres aussi. La faim ne va pas tarder à leur faire ouvrir les yeux aussi. Une patte en premier, je la fais bouger, une légère douleur dans l’articulation, je ne suis plus de première jeunesse. Mes poils se hérissent, il fait encore froid dehors. Je tends mes griffes en prenant soin de ne pas bousculer les autres. Ma lourde carcasse est raide lorsque je tente de me dresser sur mes pattes, je suis un peu lourdaud mais c’est mon quotidien. Il faut que je sorte pour ramener de quoi manger aux petits. Ils sont encore jeunes et ne peuvent pas chasser par eux-mêmes. Mes yeux endormis laissent passer un filet de lumière. Il doit encore faire nuit, le soleil serait plus violent autrement. Quelques pas mal assurés, je manque m’étaler sur le tas de fourrure qui dort en ronflant d’insouciance. J’avance avec précautions, mes griffes raclent le sol caillouteux de la grotte. Je me retourne pour vérifier si personne ne me suit mais les autres sont bien endormis.

Mes sens sont encore engourdis. Ma fourrure ne me protège pas du froid de la grotte. Je ne sais pas pourquoi j’ai été réveillé, j’ai l’impression que le moment n’est pourtant pas arrivé. Un vent frais venu de l’extérieur caresse ma truffe. Des odeurs étranges m’envahissent. Une odeur d’humidité, de froid semble prendre le dessus. Il me faut quelques pas supplémentaires pour commencer à repérer des odeurs plus caractéristiques. L’odeur des arbres surtout. Mais pas d’odeur de sève, pourquoi alors me suis-je réveillé si ça n’est pas l’heure? Lorsque je suis presque arrivée à l’entrée de la grotte, le vent froid me fait grelotter. La température n’est pas suffisante pour que nous réveiller. Et je ne perçois aucun danger qui expliquerait pourquoi je suis sur mes pattes. J’avance en faisant attention, le sol est gelé et mes griffes ne me donnent pas une bonne prise. Le ciel est sombre, mais pas nocturne. Il y a cette odeur d’humidité, j’entends alors les gouttes qui tombent et qui martèlent le sol.

Je sors prudemment ma truffe de l’ombre protectrice que forment les rochers. Quelques tas épars de neige sont encore ramassés aux pieds des grands arbres là où la lumière ne vient jamais. Je renifle avec force, emplissant mes poumons de l’air frais du dehors. A nouveau cette odeur étrange que je n’arrive pas à identifier. Je me fige, les oreilles aux aguets, j’écoute les bruits, mais à part le roulement des gouttes qui tombent il n’y a rien. La forêt est étrangement calme, pas d’oiseaux qui pépient, pas de pas feutrés ou de bruits de pattes dans des flaques. Je suis le roi de la forêt, je n’ai donc pas peur de ce silence. Mais je le trouve presque trop lourd pour être normal. Je m’ébroue un peu, la pluie a déjà mouillée ma fourrure épaisse. Elle explose en gouttelettes sur les murs de la caverne. J’avance avec précautions, le sol est détrempé et mes pattes s’enfoncent profondément. Les sapins qui entourent la caverne m’empêchent de voir clairement le ciel. Les gouttes d’eau me gênent et me tombant sur le museau. Je me rapproche d’un gros tronc dégarni. Mes muscles m’obéissent maintenant, j’en profite pour me dresser sur mes pattes arrière et pour venir poser mon dos contre le tronc. Les petites branches craquent lorsqu’elles cassent sous mon poids alors que je me frotte.

J’entends un bruit lointain, un coup de tonnerre qui déchire le ciel. Pourtant je n’ai pas vu de lumière illuminer la forêt, peut être que l’orage est encore trop loin. Reposant mes pattes sur le sol, je m’avance de ma démarche chaloupée au sein de la forêt. Il faut que je trouve de la nourriture, les petits vont avoir faim et je ne vois rien qui puisse faire un repas pour tout le monde. Régulièrement pour retrouver plus facilement le chemin, je viens me frotter contre un arbre. Mon odeur forte imprègne le tronc et me permet de marquer ma route. Je marche depuis un moment déjà. Plusieurs fois j’ai entendu le tonnerre mais je n’ai toujours pas vu de lumière. Les orages sont courants dans la montagne, et puis je suis le roi de la forêt. Aucune raison pour moi d’avancer prudemment maintenant. Les autres habitants des lieux semblent avoir désertés l’escarpement rocheux sur lequel nous sommes installés. Le petit ruisseau où nous nous abreuvons charrie beaucoup de terre. Les bords boueux sont glissants et je manque tomber dans l’eau alors que je me penche pour boire.

Encore le tonnerre, comme s’il se rapprochait. Je lève le museau en essayant d’en déterminer la provenance, ça semble venir de derrière la colline après le ruisseau. Je décide d’aller voir. Il ne faudrait pas que la foudre soit tombée sur les arbres secs. Ma truffe s’agite, aucune odeur caractéristique de danger, mais cette odeur étrange que je sens depuis ma sortie et qui se fait de plus en plus forte. Une autre odeur s’y mêle maintenant, une odeur âcre, métallique, une odeur que je connais bien mais qui me semble incongrue ici. Cette odeur me met l’eau aux babines. J’ai tellement faim que je pourrais avaler un cerf entier je crois. Cette odeur m’attire et m’excite. Je me dresse sur mes pattes arrière et je grogne. Je dois prévenir de ma présence d’éventuels autres prédateurs. Il est hors de question que je laisse passer la moindre occasion. Mon cri résonne encore entre les arbres lorsque je m’avance de mon pas lourd vers l’origine de l’odeur. J’entends des bruits feutrés, et des clapotis. Plusieurs animaux sont en train de prendre la fuite, mon appel a dû leur faire peur et je vais pouvoir profiter seul de ce que cette odeur me promet.

Je gravis la colline avec agilité, la faim donne des ailes. L’odeur métallique est de plus en plus forte. L’odeur du sang frais m’emplit de force et je parcours les derniers mètres rapidement. Arrivé sur la crête je me fige. Je suis le roi de la forêt mais je ne suis pas inconscient. Je reste là museau au vent, les mêmes odeurs indistinctes très fortes mais en train de s’éloigner. Peut-être des animaux que je n’ai jamais vus par ici. Des bruits aussi qui viennent de la même direction. Et l’odeur métallique que je sens sur le flanc du monticule de terre. Je reste sur la crête pour ne pas tomber dans un piège. Au loin j’entends à nouveau ce bruit de tonnerre. La pluie n’a pas cessé mais elle est fine, légère, elle me stimule. Je repère le corps sans vie en contrebas, la bête n’a pas l’air trop abîmée. Mais où je suis-je ne peux pas descendre la rejoindre. Et puis je ne pourrais pas la remonter pour les petits. Malgré tout il faut que je mange, je ressens trop fortement la faim maintenant. L’odeur du sang frais est si forte. La bête est sous le vent et ses effluves remontent jusqu’à moi par rafales. Il me faut faire un détour parce que les rochers se délitent sous mes pattes puissantes. Je manque glisser lorsque le tonnerre gronde à nouveau. Quelques instants après je sens une odeur étrange, mélange de cendres et de feu. J’ai peur que la foudre n’ait déclenché un incendie. Je décide alors de me laisser glisser entre les arbres.

J’utilise les troncs pour me ralentir et m’empêcher de tomber. Mes narines sont emplies de l’odeur du sang, je ne fais plus attention à rien d’autre, entièrement focalisé sur mon repas qui m’attend. J’ai l’impression que le cœur bat encore. Voilà une proie facile et appétissante. C’est probablement pour cela que je peux sentir si fortement le sang. Il doit encore couler des plaies qui l’ont couché. Je ne suis plus qu’à quelques pas maintenant. L’impérieux besoin de me nourrir me transperce, je me hisse sur mes pattes et grogne, j’ai besoin de savoir si ma proie est encore vivante et si elle risque de se défendre. Un gémissement, la bête est mourante. Le tonnerre gronde à nouveau alors que je me jette des pattes avant sur le corps où la vie s’écoule lentement. J’ai du mal me réceptionner je sens une douleur dans ma patte avant droite. Je n’en fais pas cas j’ai trop faim, mes crocs s’enfoncent dans la chair tendre et j’en tire un morceau que j’arrache avec délice. La viande est si fraiche, si délicate. Mon museau est barbouillé du sang chaud de l’animal. Je ne sens plus que son odeur si forte, si caractéristique. Je replonge plusieurs fois le museau dans le corps de l’animal mais je ne sens pas mes forces revenir comme je m’y attendais. Au contraire je sens une certaine lassitude qui m’envahit. Peut-être que je me suis trop gavé, après tout mon réveil était probablement anticipé.

Je me pose sur mes pattes arrière, assis, essuyant mon museau avec mes pattes avant des reliquats de mon festin. J’ai terriblement mal à la patte endolorie. Rien ne sert jamais de trop se presser. L’odeur du sang est trop forte pour que je puisse sentir quoi que ce soit d’autre, mais j’entends encore un coup de tonnerre. Tout proche cette fois ci, l’orage doit venir vers moi. Je sens une douleur violente me traverser l’abdomen. J’ai dû vraiment mal me réceptionner tout à l’heure. Je repose mes pattes avant sur le sol. Quelque chose de chaud coule entre mes poils et me brûle. Je grogne de colère et de terreur. La douleur est si forte qu’elle me fait perdre la tête. Je lève mon museau vers le haut et je grogne du plus fort que je peux. La forêt semble bouger autour de moi. Je me sens terriblement fatigué. Je me dresse sur mes pattes arrière et je marche d’une démarche hiératique alors que la forêt semble se resserrer sur moi. Un autre coup de tonnerre! Quel orage violent, et tellement proche maintenant. J’ai dû recevoir la foudre car je m’effondre sur le côté. J’ai du mal à respirer, et chaque fois que j’aspire une goulée d’air, je sens des gargouillis qui remontent dans ma gorge. Un liquide chaud se répand dans ma gueule et s’écoule entre mes babines. Il fait si froid à nouveau, et j’ai tellement sommeil. Je n’aurais pas la force de retourner à la caverne pour le moment. Il faut que je reste allongé.

Je pose ma tête lourde sur mes pattes avant. J’ai froid, j’ai mal, mais la douleur s’estompe progressivement à mesure que la fatigue m’envahit. Je sens mes yeux qui papillonnent. Je laisse échapper un dernier grognement qui est plus proche d’un gémissement. Une lumière vive attire mon regard, entre les arbres je vois un animal sur deux pattes qui s’approche. Quelque chose entre ses pattes avant brille au soleil. Tiens il fait soleil maintenant, une éclaircie passagère ou alors cela fait longtemps déjà que je me sens las. Il porte l’objet brillant à son museau. On dirait une longue branche toute droite. Je n’en ai jamais vu de pareille. Heureusement que les petits sont encore au chaud dans la caverne, bien à l’abri, la température est si glaciale désormais. J’ai à peine le temps d’entendre un dernier coup de tonnerre que je m’endors, délivré de la douleur je plonge dans mon dernier sommeil.