Categories

A sample text widget

Etiam pulvinar consectetur dolor sed malesuada. Ut convallis euismod dolor nec pretium. Nunc ut tristique massa.

Nam sodales mi vitae dolor ullamcorper et vulputate enim accumsan. Morbi orci magna, tincidunt vitae molestie nec, molestie at mi. Nulla nulla lorem, suscipit in posuere in, interdum non magna.

L’envol de l’ange

Le sheriff Mc Duffy était assis sur le capot de son véhicule de patrouille sirotant un soda pétillant. La journée était chaude et sèche bien loin des derniers jours. Depuis l’évasion de Brody Milton la météo semblait folle. L’affaire avait fait grand bruit dans le comté, un homme qui disparait de sa cellule sans laisser de trace a toute les chances d’affoler l’opinion publique. Le seul indice trouvé sur place était une plume. Mc Duffy avait fait venir la police fédérale, ses propres hommes n’étant pas assez qualifiés pour mener une telle enquête. La seule certitude qui était ressorti des rapports était que la plume venait de la literie de l’homme. Mais cette plume avait beaucoup fait parler d’elle. Dans les journaux locaux on parlait de l’envol de l’ange. Une partie de la population mi-superstitieuse mi-croyante avait fait de l’homme une victime innocente qui aurait été sauvée de cet emprisonnement abusif.

Mc Duffy se rappelait quand il avait interpellé Milton, l’homme sous acide venait de poignarder un passant dans une ruelle. Ses mains couvertes de sang ne laissaient aucun doute sur son implication. Certes il n’avait jamais trouvé l’arme du crime mais ça ne prouvait pas son éventuelle innocence. Milton n’avait pu faire aucun aveu, la drogue l’ayant totalement dépourvu de souvenirs lors de la nuit du meurtre. Le travail de Mc Duffy avait permis de mettre en évidence que les traces de sang venait bien de la victime et qu’elles correspondaient bien à des coups portés par une arme blanche. Suffisamment de preuves indirectes pour mener Milton en prison pour au moins 30 ans. Pourtant dès le départ des voix s’étaient élevées pour dire que Milton était victime d’un malheureux concours de circonstances.  Il fallait avouer que le comté était un lieu plutôt calme et que les gens avaient tendance à croire que des crimes aussi horribles ne pouvaient être l’œuvre que d’étrangers.

Depuis cette disparition la pluie n’avait cessé de tomber.  Mc Duffy avait vu tous ses espoirs de pister Milton réduit à néant par ces conditions déplorables. Aucunes traces et surtout rien qui puisse permettre aux chiens de faire leur travail convenablement. Et pendant ce temps la rumeur enflait sur cet ange. Frottant sur son front sa canette fraiche Mc Duffy se détendait. Le maire voulait des résultats rapides pour pouvoir passer à la télé tel un justicier redoutable. Et les gens commençaient à le regarder de biais. Toute une carrière au service des gens pour devenir l’objet des suspicions les plus irrationnelles.

Sa radio grésilla, sautant avec agilité du capot il passa la main par la fenêtre ouverte et décrocha le micro.

–          Mc Duffy j’écoute?

–          Sheriff, on a une jeune femme qui vient de se jeter du haut d’un immeuble du centre-ville.

–          Ok, j’y fonce, envoyez des hommes pour faire un cordon de sécurité.

–          Les secours vont être sur place dans quelques minutes, mais il semble que ça ne soit pas nécessaire…

Mc Duffy soupira, il ne manquait plus qu’un suicide pour égailler une journée maussade sous un soleil de plomb.

Arrivé sur les lieux, il se glissa sous le cordon jaune installé à la va vite autour du corps sans vie. L’un des pompiers le salua et lui fit signe que la jeune femme n’avait pas besoin d’eux. Mc Duffy n’eut pas même à s’approcher trop près, il reconnut Tina la petite serveuse du drive in qui gisait dans sa tenue de travail au milieu d’une mare de sang et d’autres fluides non identifiés. Regardant vers le toit il vit une plume qui voletait dans l’air semblant suivre un courant d’air qu’il ne ressentait pas. La saisissant au vol il remarqua l’étrange ressemblance avec celle trouvée dans la cellule de Milton. Jurant il se précipita dans le building et entreprit de monter sur le toit. Les graviers recouvrant le béton ne comportaient qu’une série d’empreintes. Des chaussures à talons comme en portait Tina. Il s’approcha du bord et se pencha. En bas un de ses adjoints lui fit signe. Il répondit poliment puis s’éloigna. Voilà qu’il devenait superstitieux avec tout ça.

Redescendant les escaliers il aperçut la camionnette de la télé locale qui venait de se garer au bout de la rue. Les chacals étaient toujours prompts à rappliquer songea-t-il. Passant près d’un de ses adjoints il lui indiqua qu’il se rendait auprès des parents de la victime pour annoncer la nouvelle. La ville n’était pas très grande. Située en pleine campagne elle était entourée d’un côté par une voie rapide et de l’autre par une rivière qui alimentait un petit lac où les gens aimaient à prendre un peu le frais lors des chaudes journées. Le lac était aussi une ressource importante pour la ville et la pêche pratiquée dans ses eaux alimentait de nombreux petits restaurants. Mc Duffy monta dans la voiture et poussant la climatisation à fond s’engagea sur la route. Un journaliste de la gazette locale était en train d’interroger un passant. Tous les médias allaient faire de cette affaire leur une dès le lendemain. Enclenchant la radio il se calla sur la fréquence locale histoire de vérifier que la nouvelle n’avait pas commencée à être répandue. Une ballade rock emplit l’habitacle. Mc Duffy se détendit un peu, préparant ce qu’il allait pouvoir dire aux parents de la petite Tina. La jeune femme vivait encore chez eux. Tout juste diplômée elle avait pris cet emploi pour financer un projet professionnel qui lui tenait à cœur. Mc Duffy regretta de n’avoir pas été plus curieux lorsqu’elle lui en avait parlé.

Alors qu’il s’engageait sur la route longeant la bibliothèque, sa radio grésilla à nouveau.

–          Mc Duffy j’écoute

–          Sheriff!!! La voix semblait paniquée. On a un autre suicide à l’angle du supermarché et de la mairie.

Mc Duffy ne put réprimer un juron. Appuyant sur le frein il faillit se faire percuter par une voiture qui le suivait de trop près. Sermonné par un coup de klaxon rageur il agita le bras par la vitre pour indiquer à l’automobiliste de le doubler. Manœuvrant il entreprit de remonter la route en direction de la deuxième victime. Quelques minutes plus tard il se trouvait sur les lieux. Des badauds parlaient avec agitation. Mc Duffy s’approchant remarqua que des jeunes gens regardaient l’écran d’un téléphone portable.

–          Je peux?

–          Oui oui bien sûr.

Le gamin tendit le téléphone sans rechigner. Sur l’écran on voyait très nettement le gérant du supermarché s’élancer du toit comme s’il prenait son envol pour aller s’écraser plusieurs mètres plus bas sur la chaussée. Mc Duffy secouant l’appareil:

–          Je réquisitionne le temps de copier ça.

–          Bien sûr…

Les jeunes gens semblaient tellement choqués qu’ils ne se plaignirent même pas. Une voiture toute sirène hurlante les dépassa et l’un de ses adjoints descendit rapidement déroulant le bandeau jaune pour empêcher un éventuel attroupement. Là encore la victime était tellement mal en point qu’il ne fit aucun doute qu’elle ne nécessitait pas de soins. Mc Duffy commença à détester cette journée.

Tout s’enchaina très vite. Dès qu’une victime était retrouvée, un autre semblait sur le point de sauter quelque part. En quelques jours ce fut une hécatombe dans la ville. Mc Duffy n’arrivait plus à gérer la situation, d’autant plus que deux de ses adjoints faisaient partis des victimes. Rien ne reliait entre eux les différents événements. Et plusieurs autres vidéos confirmèrent que les victimes semblaient seules lorsqu’elles sautaient. Submergé par les cadavres Mc Duffy instaura un périmètre de sécurité autour de la ville afin que personne n’entre ou ne sorte sans qu’il en soit informé.

Cela faisait plusieurs jours qu’il ne se nourrissait plus que de gâteaux très gras et de soda afin de se tenir réveillé. C’en était trop pour lui. Il appela la police fédérale pour obtenir leur aide. Le jour où les suicides avaient commencés son propre médecin légiste avait fait le grand saut lui aussi. Résultat il n’avait aucune information à se mettre sous la dent et commençait à trouver toute cette affaire aussi folle qu’improbable. Lorsque le maire prit son envol Mc Duffy ressentit un mélange de désespoir et de soulagement. Au moins la pression retombait pour avoir du résultat. Mais dans le même temps l’opinion publique commençait à paniquer. Déjà les journaux nationaux faisaient leurs gros titres sur l’étrange épidémie. La vague de suicide semblait trop mystérieuse. L’irrationnel n’étant pas dans les gênes de la population locale on commença à parler d’une malédiction. Et rapidement certains firent des liens avec l’affaire Milton. Pour eux la ville subissait un châtiment divin et l’hécatombe ne s’arrêterait que lorsque Milton serait enfin retrouvé afin qu’on puisse lui demander pardon.

Mc Duffy était dans son bureau lorsque les agents de la police fédérale arrivèrent. Il maltraitait des listes de victimes cherchant un point commun ou toute explication rationnelle aux événements que la ville traversait. Levant les yeux il vit débouler une équipe au grand complet.

–          Sheriff Mc Duffy?

–          Oui, vous êtes de la police fédérale?

–          En effet, agent Connors, voici l’agent Donelu, le docteur Phillys et l’agent Cragger. Nous sommes venus vous prêter main forte.

–          A vrai dire ça n’est pas trop tôt j’ai fait une demande depuis plusieurs jours déjà. Pour tout vous dire je ne sais plus que faire des corps. La morgue est pleine, les services funèbres aussi. J’ai fait réquisitionner quelques chambres froides dans divers endroits de la ville et en dernier recours j’ai organisé une sorte de morgue improvisée dans une grange légèrement excentrée ou des bénévoles se relaient pour remplacer les pains de glace nécessaire à la conservation des corps.

Regardant Mc Duffy dans les yeux l’agent Connors lui proposa de se reposer un peu le temps qu’ils prennent leurs marques et s’installent. Le docteur Phillys se rendit à la morgue sans attendre pour commencer à analyser les corps et faire des prélèvements. Mc Duffy se leva lourdement.

–          Vous savez je n’ai pas vraiment envie de me reposer, j’ai envie que ça cesse. Venez on va faire un tour en ville et peut être ramasser quelques macchabés.

Levant un sourcil d’incompréhension l’agent Connors et l’agent Cragger suivirent Mc Duffy. Au volant de la voiture ils patrouillèrent un moment et Mc Duffy leur indiqua diverses équipes qui travaillaient dans les rues avec des pickups et des breaks pour ramasser les corps.

–          Honnêtement je ne sais même plus à combien de morts nous en sommes. On a essayé de sécuriser les plus hauts bâtiments. De mettre des vigiles, d’organiser des rondes. Bref on a tout tenté, mais ces foutus tordus trouvent toujours un endroit d’où aller se foutre en l’air.

–          Et comment ça a commencé?

–          Vous vous fichez de moi? Si je le savais vous pensez vraiment que je vous aurais fait venir?

–          Non pardon, je voulais dire aucun déclencheur, d’événement étrange ou particulier?

–          Un des prisonniers de notre centre pénitencier a disparu une nuit sans laisser de traces. D’autres gars de chez vous étaient venus, quelques semaines avant la première victime.

–          Et vous croyez que cet homme pourrait être derrière tout ça?

–          Bien sûr que non, comment voulez-vous qu’il puisse être à plusieurs endroits de la ville en même temps? Et puis pour le moment on ne sait rien de ce qui peut déclencher cette pulsion. J’ai plusieurs de mes gars qui ont fait le grand saut aussi, des gars bien dans leur peau et qui n’avaient aucune raison de se suicider. Tout ça me dépasse et j’avoue que je commence à me demander si je ne suis pas trop vieux pour ce genre de choses.

Le reste de la patrouille se passa dans un silence religieux. Seul l’agent Cragger pianotait sur son téléphone portable et semblait très occupé à prendre des notes. Une fois de retour au poste le docteur Phillys attendait sur une chaise dans le bureau de Mc Duffy.

–          Sheriff, j’ai fait toute une série d’analyses et de prélèvements. Certains ne peuvent être réalisés ici, mais j’ai envoyé l’agent Donelu les porter à la limite du périmètre de sécurité. Nous aurons les résultats rapidement.

L’agent Connor parla à voix basse

–          Vous savez que la garde nationale est déployée tout autour de la ville?

–          Qu’est-ce que vous me racontez?

–          Le problème pourrait être d’ordre épidémiologique. Bref tant que nous n’avons aucune certitude, ils ont ordre de tirer à vue sur toute personne cherchant à s’enfuir des environs.

Mc Duffy se prit la tête entre les mains. Peut-être que la ville et tout le comté étaient véritablement maudits après tout. Ne sachant plus comment faire avancer les choses il laissa les agents s’organiser et alla s’allonger dans la salle de repos. N’arrivant pas à fermer l’œil il regardait le plafond sur lequel des ombres s’agitaient. Il savait que quelque chose lui échappait mais il n’arrivait pas à libérer son esprit afin de se détendre. Il ne se sentit pas s’endormir, mais lorsque le docteur déboula dans la petite pièce il s’éveilla en sursaut s’attendant à une autre nouvelle catastrophique.

–          Sheriff, je viens d’avoir le labo en ligne qui fait les analyses. Ils ont peut-être une piste mais il faut le confirmer. Pour ça on doit prélever des échantillons sur un maximum de corps.

Mc Duffy se leva rapidement, et réunissant les quelques membres encore vivants de son équipe il organisa une campagne afin de procéder en suivant les indications précises du docteur. La nuit tombait lorsqu’ils se retrouvèrent tous ensemble dans un des derniers restaurants ouvert de la ville. Mc Duffy ne mangea pas, cette affaire le minait et lui coupait l’appétit. Les fédéraux se laissèrent tenter par la spécialité de la région, un poisson très fin qui était pêché dans le lac tout proche et qui faisait la réputation du comté. Après un repas frugal, tout le monde décida que pour aujourd’hui ça suffisait. Donelu fut chargé de transporter tous les échantillons en espérant que les premiers résultats seraient disponibles dès le lendemain. Lorsqu’il eut accompli sa mission, une irrépressible envie le prit et il rejoignit la longue liste des victimes dans un envol plutôt raté.

Aux premières lueurs de l’aube le jeune Cragger fut le second à partir dans un saut de l’ange. Mc Duffy au comble de l’excitation avait fait mettre aux arrêts les autres membres de l’équipe de peur qu’ils ne fassent des bêtises. Peu de temps avant midi la nouvelle tomba sur le fax et dans ses mails. Les victimes partageaient toutes un taux élevé d’une toxine rare dans le sang. Une équipe médicale allait venir les rejoindre avec des injections à faire à tous les habitants. Et la garde nationale allait être mise à contribution pour tenter de trouver d’où provenait cette toxine et comment elle avait pu infecter les habitants. Mc Duffy appela le laboratoire et demanda plus d’explications.

–          En fait lorsque cette toxine est dans le sang, elle provoque des hallucinations et la personne agit de manière inexplicable. De plus elle a certains effets sur le psychisme et sur les hormones. Bref c’est un sacré cocktail.

–          Mais pourquoi ces gens se sont-ils jetés dans le vide?

–          Disons que dans votre cas on dirait qu’une sorte de mythologie propre à votre ville les a induit à choisir ce mode de suicide mais ça aurait tout aussi bien pû être en se jetant sous une voiture ou en utilisant une arme à feu. D’ailleurs rien n’indique que d’autres victimes ne se sont pas suicidées différemment.

Mc Duffy se rendit aussi vite que possible au sous-sol où le docteur et l’agent Connor étaient enfermés. L’un s’était pendu et l’autre avait utilisé son arme pour se faire sauter la cervelle. Mc Duffy se demanda pourquoi lui n’avait jamais été contaminé et comment ces jeunes gens qui n’étaient là que depuis 24 heures avaient été si rapidement victime de la toxine. Se ruant dans son bureau il prit contact avec la personne en charge du commandement de la garde nationale et lui indiqua ses doutes concernant le mode de contamination.

Alors que les habitants étaient traités par l’équipe médicale, Mc Duffy se rendit au lac avec les militaires. Les analyses confirmèrent que la toxine était bien dans l’eau et que les poissons avaient été le vecteur. L’enquête permit de mettre au jour qu’un site industriel en amont avait eu une fuite de produits chimique grave et avait tenté de la dissimuler sans imaginer une seconde les conséquences.

Le lac fut dragué et nettoyé, et l’on découvrit le cadavre de Milton, coincé sous l’eau entre des branchages. Il était là depuis un moment déjà mais on pouvait voir sur son visage un étrange sourire dont il avait emporté le secret avec lui.