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L’évolution vengeresse

Clarisse était une humanimale de 3ème génération. Comme tous ceux de sa condition elle possédait des caractéristiques de l’animal dont elle partageait l’ADN. Une agilité hors norme, une vision, une ouïe et un odorat exceptionnels, mais comme tous ceux de la 3ème génération elle avait aussi héritée des malformations que ce mélange instable d’ADN avait provoqué.

Lorsque la première génération avait été fabriquée par la science, les humains qui s’étaient prêtés aux expérimentations avaient découverts que le mélange de l’ADN humain avec l’ADN d’un animal leur conférait de nombreuses qualités inhérentes à l’animal en question. Cette génération s’était avéré une réussite parfaite. A tel point que le nombre de participants au niveau mondial avait explosé. Malheureusement des protestations nombreuses et des actes commandos avaient détruits toutes les recherches qui avaient menées à ces résultats. Ne restait plus que les humanimaux originaux pour perpétuer cette transgression de l’évolution. Malgré leur statut d’erreurs de la nature, il n’avait pas été possible de les éliminer. D’autant plus qu’à part leurs caractéristiques physiques particulières, rien ne permettait de les distinguer des autres êtres humains.

Certains humanimaux avaient été victimes de ségrégation. Certains étaient même morts à cause de la haine que leur portait une partie de l’humanité. Ils avaient appris à se cacher et à se fondre dans la masse des hommes afin de ne pas être identifiés. Eux se considérant comme une évolution de l’humain ne comprenaient pas qu’on puisse à ce point les détester. Puis ces humanimaux avaient eu des enfants, qui à leur tour avaient eu des enfants. Pour en arriver à la 3ème génération, celle de Clarisse.

Mais ces nouvelles générations avaient subi des déformations à cause de cette génétique trafiquée. Et la 3ème génération ne pouvait plus cacher que dans leur corps de l’ADN animal circulait. En effet des déformations physiques étaient apparues, d’abord presque invisibles pour la seconde génération, elles étaient devenues très visibles pour celle-ci. Clarisse possédait des yeux de chat aux iris fendus, des oreilles animales ainsi qu’une queue qu’elle ne pouvait pas cacher sous peine de se retrouver totalement déséquilibrée. Elle avait appris à se faire discrète, ne sortant que la nuit grâce à sa vue de nyctalope. Elle se méfiait des humains. Les lobbys anti-humanimaux n’avaient jamais été si virulents que depuis la découverte que l’ADN des humanimaux se dégradait et laissait apparaitre ces déformations physiques. Les mutants comme ils étaient appelés devenaient alors facile à chasser et à tuer pour des groupes organisés qui en avaient fait leur fonds de commerce.

Ce soir-là Clarisse longeait les ruelles mal famées des docks. Elle se savait poursuivie depuis plusieurs jours déjà. Un groupe d’humain anti-humanimaux avait réussi à la localiser et depuis ce jour-là elle n’avait eu de cesse de bouger pour ne pas les laisser la rattraper. Les rares amis qu’elle avait dans sa propre communauté n’avaient rien pu faire pour l’aider. La ville de Marseille était en effervescence, une loi venait de passer autorisant les humains à se défendre et à tuer si nécessaire des humanimaux. Cette loi avait été détournée afin d’enclencher une véritable chasse à l’homme.

Clarisse était essoufflée, elle avait du mal à dormir ces derniers jours et de violentes douleurs au ventre l’empêchaient de se reposer. Elle avait rendez-vous sur le vieux port avec un passeur. Certains pays étaient plus accueillants aux membres de son espèce. La Sardaigne était même devenue un asile pour les humanimaux. Les humains préférant les parquer dans des réserves contrôlées et contrôlables. L’homme, un humain acquis à la cause des humanimaux faisait de son mieux pour les aider à s’enfuir de la région. Un bourdonnement la força à s’enfuir dans une ruelle sans lumière. Adossée au mur, elle regarda passer le drone qui fouillait la rue à sa recherche, elle en était sûre. Regardant autour d’elle, elle aperçut des poubelles entassées contre un mur qui pouvait lui permettre de rejoindre les toits. Retenant son souffle afin que son haleine ne forme un nuage de chaleur dans l’air froid, elle s’élança en silence, sauta avec agilité sur la première poubelle, puis s’aidant de ses griffes rétractiles elle commença l’ascension du mur.  Arrivée sous le toit qui surplombait la ruelle, elle s’arrêta, afin de respirer et de calmer une violente douleur. Elle ressentait les contractions de manière régulière depuis de trop longues minutes déjà.

Prenant son essor d’un mouvement de bassin elle se réceptionna sur les tôles qui recouvraient le toit. Essayant de faire le moins de bruit possible, elle retira ses baskets et après avoir noué les lacets, les passa à son cou. Puis elle se mit à courir sautant par-dessus les ruelles entre chaque bâtiment. Elle vit le drone qui tournait dans la rue juste en dessous d’elle. Visiblement ils avaient perdus sa trace, mais s’ils avaient des chiens, voir des humanimaux corrompus ils ne mettraient pas longtemps à comprendre qu’elle se trouvait en hauteur. Et alors sa position deviendrait dangereuse. Les drones pouvant survoler facilement le quartier faisant d’elle une cible facile et très visible. Arrivée près d’une artère un peu plus grande elle prit son élan et se lança par-dessus le vide. En atterrissant elle dut faire une roulade déclenchant une violente douleur au ventre qui la plia en deux et lui coupa la respiration.

Alors qu’elle reprenait doucement ses esprits elle entendit le vrombissement caractéristique d’un drone dans son dos. Se retournant elle le vit qui approchait à hauteur des toits. Ils n’avaient pas mis très longtemps à la repérer… Se glissant dans l’ombre d’une conduite d’aération, elle retint sa respiration. Elle ne savait pas si le drone était équipé de détecteur infrarouges ou pas. Elle comptait sur sa chance qui ne l’avait jamais trahie. Il passa tout près d’elle. S’il avait été humain ou animal il aurait pu sentir la peur qui émanait de tout son corps. Elle le laissa s’éloigner puis se remit en route. Les douleurs au ventre devenaient insupportable et les contractions de plus en plus rapides. Sautant sur un autre toit, elle trouva une échelle métallique qui lui permit de reprendre pied dans la rue. Aucun bruit, pas trace de vie, elle espérait que ses poursuivants étaient soit devant soit loin derrière elle.

Les douleurs étaient telles, que souvent elle devait s’appuyer contre un mur, le corps courbé en deux afin d’attendre que la contraction passe. Elle ne pouvait pas échouer, il fallait qu’elle arrive jusqu’au vieil homme. Pas uniquement pour elle, pas pour elle d’ailleurs, mais pour le bébé ou les bébés qu’elle portait. Elle n’avait pu suivre sa grossesse normalement du fait de son appartenance aux « mutants » et elle angoissait terriblement. Elle repensa à celui qui jamais ne verrait grandir son ou ses enfants. L’homme qu’elle avait profondément aimé et qui était mort des mains de ceux qui la pourchassait. La souffrance de l’enfantement en cours et des souvenirs la laissèrent essoufflée et hoquetant. Les larmes coulaient sur son visage sans qu’elle puisse les retenir. Priant pour que ses chasseurs n’en profitent pas, elle se remit en route.

Elle était proche maintenant, elle entrait dans la rue qui jouxtait sa destination. De nombreux drones semblaient voleter dans le coin. Quelqu’un souhaitait réellement sa mort et y avait mis des moyens. Elle tapota sur la porte le code attendu et pria pour qu’on lui ouvre le plus vite possible. Un homme très âgé lui ouvrit et la fit avancer dans un long couloir. Puis ouvrant une porte il l’aida à descendre dans ce qui semblait être un sous-sol. Ils se retrouvèrent dans une cave à vin. L’homme se pencha derrière une planche et Clarisse entendit le bruit de touches digitales. Un pan de mur qui semblait inamovible pivota et l’homme la prit par le coude pour l’entrainer à sa suite.

Ils marchèrent longtemps pui arrivèrent dans une pièce ronde. Sortant une télécommande il appuya sur un bouton. Des plaques de verre se refermèrent sur le couloir qu’ils venaient d’emprunter et le sol s’enfonça rapidement. Clarisse comprit qu’elle se trouvait dans un ascenseur et la peur fit place à la stupéfaction. Comment une telle installation pouvait-elle être inconnue des anti-humanimaux ? L’homme réagit à son air interloqué, et d’une voix trainante s’adressa à elle.

–          Ma chère Clarisse, ne soyez pas surprise, vous êtes ici dans l’un des centres qui est à l’origine de votre, de notre devrait je dire espèce. Le dernier encore en état et même en activité. Il était secondaire, c’est pourquoi lors du grand soulèvement il a pu être sauvé. L’autre raison vient du fait que ceux qui savaient sont morts rapidement et surtout n’ont jamais parlés. Vous êtes en sécurité ici. Du moins autant que possible. Nous sommes bien conscients qu’un jour ou l’autre nous serons découverts.

Clarisse se plia en deux. Les contractions étaient trop fortes. L’homme parut inquiet. Mais ne broncha pas. L’ascenseur s’arrêta, et Clarisse tomba des nues. Devant elle une immense galerie s’ouvrait. Des humanimaux de toutes les races semblaient travailler de concert. Un homme à la fourrure orange rayée de noir l’attendait avec un fauteuil roulant. Il l’aida à s’assoir et l’emmena rapidement au sein du complexe. On la prit en charge et on s’occupa d’elle. Elle perdit connaissance allongée sur un lit, ses contractions lui lacérant le ventre. Lorsqu’elle s’éveilla, elle était dans une petite pièce, le soleil entrait par une fenêtre et un landau été situé à côté d’elle.

Anxieuse, elle se pencha au-dessus du berceau, elle et le père du bébé étaient tous deux de 3ème génération, ce qui voulait dire que le bébé était une 4ème génération… Le cœur battant la chamade elle regarda. Un magnifique petit bébé se trouvait dans le landau. Il ne portait aucune trace de mutation, pas même un détail. Surprise Clarisse resta bouche bée quelques instants avant d’entendre la voix trainante qu’elle connaissait déjà.

–          Oui nous aussi Clarisse. Nous avons été étonnés de voir que votre bébé n’a aucune mutation physique. Pourtant nos tests prouvent que vos deux ADNs animaux sont mélangés en lui. On dirait qu’ils se sont stabilisés mutuellement. Oui Clarisse, votre bébé est l’espoir de toute une population.

Soudain une alarme se mit à hurler. L’homme décrocha un téléphone et répondit. Comment ça la cabane est repérée ? Quoi ? Le labo aurait pu l’être sans les brouilleurs ? Comment ça se fait ? Clarisse ? Elle a quoi ? OK Je m’en occupe.

–          Clarisse, il va falloir vous en aller. Vous semblez être porteuse d’une puce de localisation. Le laboratoire aurait pu être compromis, mais heureusement nous avions prévus ce genre de situation. Le bateau part dans 3 heures pour la Sardaigne, puce ou pas une fois là-bas vous ne craignez plus rien. Prenez le bébé et allez-vous-en.

Clarisse regarda le vieil homme dans les yeux, les larmes coulaient sur ses joues sans qu’elle puisse s’en empêcher. La voix tremblotante elle lui répondit.

–          Vous savez bien qu’avec moi le petit est en danger. Et puis c’est l’espoir pour tous les humanimaux du monde. Je vous le confie, élevez le dans la droiture, dans la justice, et dites-lui que sa maman l’aime et l’aimera toujours.

Malgré un pansement couvert de sang en travers de l’abdomen, Clarisse se leva, et sortit en titubant de la cabane. Si elle était effectivement pistée elle allait les faire courir. S’éloignant aussi vite qu’elle le pouvait elle se rendit dans le maquis environnant.

Lorsque le commando arriva à la cabane il ne découvrit qu’un vieil homme qui donnait un biberon à un bébé. Un bébé humain et normal. Relayant l’information il apprit qu’une erreur avait dû avoir lieu sur la localisation car la fugitive se trouvait tout près mais dans la nature. La chasse à l’homme reprit et Joshua le futur rayonnant des humanimaux gazouilla dans les bras du tout premier d’entre eux.