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L’influx de vie

L’alarme du bloc éveilla Edgard. Comme tous les habitants il se leva, passa dans la salle de bains et se prépara. Il se rendit ensuite dans la cuisine et fit couler du robinet la boisson complète qu’il devait prendre avant d’attaquer le travail. Buvant le liquide ambré et poisseux il déposa le gobelet dans l’orifice de recyclage. Chaque portion était comptée et mesurée. Tout manquement au règlement de vie pouvait entrainer des sanctions et Edgard n’aimait pas les sanctions.

Depuis la révolte Droïdique le monde avait bien changé. Un gouvernement mondial s’était mis en place et avait organisé le monde de manière très stricte et très claire. Lorsque des enfants naissaient, ils étaient emmenés par les services sanitaires vers la colonie africaine. Le continent était une vaste garderie dans laquelle les enfants étaient élevés et éduqués. Les maladies étaient contrôlés de manière stricte et la moindre épidémie circonscrite rapidement par les droïdes qui s’en occupaient. La période d’éducation était nommée « l’élévation ». Il n’y avait plus ni appartenance religieuse, ni ségrégation raciale. Tous les enfants humains étaient sur un même pied d’égalité. Lors de l’élévation, les comportements étaient analysés. La société dans son ensemble nécessitait beaucoup de respects pour les règles mises en place par le gouvernement mondial. Ceux que l’on appelait les rebuts étaient ceux qui avaient fait montre de violence ou de difficulté à s’adapter à la vie en communauté. Ils étaient éloignés des autres rapidement et envoyés dans les colonies Asiatique et Slave.

D’après ce qu’Edgard avait appris lors de son apprentissage, la colonie Slave était celle des travaux forcés. Les individus qui pouvaient encore être récupérés y allaient et potentiellement pouvaient à force de travail rejoindre ensuite les colonies de vie commune. Pour la colonie Asiatique là malheureusement c’était un aller sans retour. Ceux qui étaient envoyés là-bas n’en revenaient jamais. Le gouvernement mondial fournissait de la nourriture à ces humains du moins le prétendait-il, mais pour ce qui était des règles seule la loi du plus fort s’imposait. Parfois lorsqu’Edgard faisait un cauchemar il s’imaginait ce lieu. Il n’en savait pas grand-chose. Aucune photo, aucune vidéo, et aucun témoin pour en parler. Il imaginait l’endroit comme un no man’s land dans lequel chacun devait se montrer plus fort et plus malin que son prochain. Edgard avait de la chance, il était dans la colonie Américaine. Celle qui couvrait tout le continent du Nord au Sud. La colonie qui fournissait la technologie aux autres colonies. Celle aussi qui produisait la nourriture et tous les biens de consommation courante. Edgard pensait qu’il était préférable de vivre ici que dans la dernière des cinq colonies. La colonie Européenne. Celle-ci était la colonie bureaucratique, la plus difficile à intégrer. Celle qui comptait aussi le moins d’humains. Toutes les recherches, toutes les décisions, tout ce qui demandait un travail intellectuel étaient fournis là-bas.

Edgard enfila sa tenue, vérifia les attaches de son casque et se dirigea vers la sortie de son compartiment. Dans le couloir les autres habitants faisaient la queue, sans bruit, sans heurt. Edgard soupira, il s’incrusta dans le flot ininterrompu qui se dirigeait vers les transports aéroglisseurs. Il regarda le bracelet à son poignet, en plus des informations concernant ses constantes corporelles, les différents taux mesurés, il y avait l’heure. Elle ne rythmait plus grand-chose, tant tout était réglé comme du papier à musique dans cette société. Regardant la date il vit qu’aujourd’hui était la fin du mois. Ce soir par groupes d’affinités ils allaient encore être conduits dans les lieux de plaisance. C’est ainsi que les humains se rencontraient entre eux. Hors du contrôle des droïdes bien que les lieux étaient sûrement truffés de moyens de les surveiller. Chaque fin de mois ils pouvaient manger et boire des aliments autres que la boisson complète qu’ils avaient à ingurgiter tous les jours. On pouvait même si on le désirait avoir des boissons alcoolisées. En très petite quantité mais suffisamment pour désinhiber un peu les humains peu habitués à se retrouver dans des lieux de vie communs. Edgard détestait ces petites sauteries et dès que les premières navettes se mettaient en route pour les ramener aux blocs il était toujours dans la file de tête.

C’était ainsi que les couples se formaient aussi. Ceux qui se mettaient ensemble étaient ensuite déménagés dans des compartiments plus grands. Leur permettant une plus grande intimité et surtout de procréer. Le gouvernement mondial n’offrait ces espaces qu’en quantité limitée, mais ceux qui en bénéficiaient étaient considérés comme des privilégiés. Edgard se demandait toujours comment on pouvait se montrer si léger, leur travail était essentiel, et il pensait que tout cela ne faisait qu’augmenter le risque de mal travailler.

Il prit place dans le transporteur. Personne ne pouvait parler à cause des casques. L’air était irrespirable en dehors des compartiments. Les colonies étaient des lieux clos, le gouvernement mondial avait expliqué qu’un grave événement dans le passé de l’humanité avait rendu la terre inhabitable. Les seules colonies où le port du casque n’était pas obligatoire restaient la colonie Africaine, la colonie Européenne et la colonie Asiatique. Concernant la première, le gouvernement avait mis en place des environnements protégés pour permettre aux enfants d’être éduqués en groupes, ce qui obligeait à ne pas porter tout l’équipement comme il le portait aujourd’hui. Pour l’Européenne certaines rumeurs des soirées de fin de mois expliquaient que cet avantage venait du fait que les résidents humains étaient l’élite et qu’ils avaient ainsi droit à certains avantages. Quant à la colonie Asiatique, les rumeurs disaient que là-bas il fallait gagner son équipement pour survivre, ce qui permettait d’éviter une surpopulation. Pour ce qui était de la colonie Américaine, l’air bien que filtré était irrespirable à cause des émanations qui venaient des sites de production et des diverses industries. Dans la partie réservée à l’agriculture, les équipements permettaient d’éviter d’être contaminé par les produits utilisés pour que les rendements soient meilleurs. Edgard regardait par la vitre du transporteur. Les compartiments ne possédaient pas de vitre. Seul le sas qui menait dans le couloir offrait un lien avec l’extérieur. Les monstrueux blocs de compartiments s’étalaient à perte de vue. Les transporteurs semblaient se croiser à vitesse folle dans un ballet incroyablement bien rythmé.

Lorsque le transporteur pénétra l’immense station d’arrivée, les gens attendirent que les portes s’ouvrent et dans un flot tranquille et fluide quittèrent leurs places pour se rendre à leur travail. Edgard avait encore pour plusieurs minutes de trajet. Marchant sur le tapis roulant il regardait mollement les différentes vidéos qui étaient projetées sur les murs. La dernière en date leur demandait d’avoir de meilleurs rendements, la demande mondiale de pièces étant en constante augmentation. En effet les droïdes commençaient à montrer des signes de vieillissements, en tous les cas sur les premières séries. Et la production n’était pas suffisante pour remplacer tous les vieux modèles par des plus récents. Il fallait donc produire des pièces pour les réparer. Edgard était justement en ce moment en train de fabriquer des circuits dans ce but. Une fois à son poste il regarda les informations concernant son travail. Les chiffres étaient bons, il aurait donc droit à une belle portion de nourriture ce soir à la soirée spéciale. C’était le seul avantage à bien faire son travail vu que tous les humains étaient traités exactement de la même manière, pour les motiver un peu à accomplir leur travail avec efficacité et rapidité il avait été mis en place un système de récompense dans ces soirées-là. La sonnerie retentit et tout l’ensemble de production se mit en branle. Edgard motivé comme jamais se mit à produire à un rythme très soutenu. Plusieurs fois il remarqua qu’il avait dépassé ses meilleurs chiffres et ce n’est pas sans une certaine fierté qu’il se rendit à la pause nourriture. Les uns après les autres, les ouvriers pénétraient dans une pièce à l’air respirable. Ils quittaient leur casque, devait prendre la dose de boisson délivrée à leur intention. Ce moment leur permettait aussi de subvenir à d’éventuels besoins naturels. Puis ils ressortaient et retournaient à leur poste. La pause était étalée dans le temps et plusieurs pièces savamment disposées autour des postes de production permettaient de ne pas perdre de temps dans la journée.

Lorsque la sonnerie de fin résonna Edgard regarda les chiffres du jour. Il exulta, il avait presque réussi à produire deux fois le nombre nécessaire de pièces. Etonné lui-même par sa réaction il enregistra sur sa carte d’identification les chiffres du mois. Puis il reprit le chemin inverse pour quitter le lieu de production. Les humains qui venaient de terminer leur journée devaient se rendre ce soir-là dans une aile adjacente au complexe. Arrivé à l’entrée ils passaient leurs cartes d’identification dans un lecteur qui les dirigeaient ensuite dans un ensemble de couloirs les menant à des pièces différentes. Edgard ne se préoccupa pas des autres qui l’entouraient. Il avançait rapidement impatient de voir ce que le buffet aller lui réserver. Arrivé à destination, il se rendit dans un des sas intermédiaires sur lequel son nom clignotait. Dans la pièce il quitta sa tenue de travail et son casque. Contre le mur l’attendait une tenue plus habillée et plus légère qu’il enfila le cœur léger. Non pas qu’il avait véritablement faim, la boisson qu’il devait boire avait des propriétés particulières coupant toute faim. Mais simplement pouvoir se passer même un seul soir par mois de cette boisson ayant toujours le même goût et la même odeur était un plaisir rare. Une fois changé il entra dans la pièce qui ressemblait à un vaste gymnase. Contre un mur se trouvait des lecteurs de cartes. Les humains devaient les utiliser pour approcher le buffet et les boissons. Chacun disposant d’un volume limité correspondant à ses performances au travail.

Edgard s’approcha de la machine. Le chiffre indiqué le fit sourire. Ce soir il allait se faire plaisir, quitte à ne pas tout apprécier ou à gâcher. Prenant un plateau il fit un premier chargement de nourriture et se permit même une boisson alcoolisée. Regardant la pièce il ne trouva pas de table vide. Maugréant un peu il s’installa à celle qui lui paraissait le plus loin de la cohue et surtout ayant le moins d’attablés. Posant son plateau il administra un rapide bonjour aux autres humains qui regardèrent sa nourriture avec envie. Une jeune fille était devant une simple pomme et ce qui semblait être un jus d’orange.

Une musique lancinante accompagnait le repas. Edgard n’appréciait pas la musique. Tout comme les autres humains il avait droit dans son compartiment à un poste crachant de la musique ou à une télévision lui offrant l’accès à des divertissements et des jeux. Mais toute cette distraction ne lui plaisait guère. De toute manière les heures d’accès à ces médias étaient limitées et il préférait passer son temps libre à se reposer pour pouvoir produire toujours plus. Il était sorti premier de sa promotion lors de son élévation. Un brillant élément qui était maintenant dans une des usines les plus indispensables de la colonie Américaine. Sur un poste qu’il savait essentiel. Du moins c’est ce que les divers messages qu’il avait reçu du gouvernement mondial lui avaient laissé entendre.

Face à lui deux hommes parlaient à voix basse, le regardant l’air sévère et faisant des signes de tête vers la jeune fille au plateau quasi vide. Edgard commençait à ne plus supporter ces messes basses. Déjà qu’il n’appréciait guère la présence des autres autour de lui les voir critiquer ou se permettre de faire des remarques faisait monter en lui un sentiment désagréable et très violent qu’il n’avait pas l’habitude de ressentir. Après avoir fini sa deuxième entrée et n’y tenant plus il frappa du plat des mains sur la table. Toute la table sursauta et autour d’eux les autres tables firent silence. Les gens s’étaient tournés pour voir d’où provenait cet éclat de bruit soudain. Edgard prenant à témoin les gens alentours s’en prit aux deux hommes.

–       Alors comme ça vous critiquez ce que je mange? Et vous ne croyez pas que je vois que vous comparez mon plateau à celui de cette gamine? Non mais vous croyez quoi? Vous n’avez qu’à donner de votre nourriture! J’ai travaillé dur moi pour avoir droit à tout ça. On dirait que le travail n’est pas vraiment ce qui la tarabuste trop n’est-ce pas?

Se tournant vers la jeune fille il la prit à partie. Celle-ci baissa les yeux et serra les poings. La violence d’Edgard n’était pas quelque chose qu’elle avait l’habitude de subir. Aussi se mit-elle à sangloter sans pouvoir se retenir. Edgard la montra du doigt.

–       Vous voyez bien! Cette pleurnicheuse, comment voulez-vous qu’elle travaille correctement. Je suis sûr que dès que quelque chose la contrarie elle pleure sans arrêt. Alors quoi? Je ne vous entends plus messieurs! Ha ça pour faire des remarques, mais quand il s’agit d’assumer ses actes hein!

Edgard se leva et partit avec son plateau. Tous les regards convergeaient vers lui. Il sentait que ses joues étaient rouges. Sa montre émettait un bip désagréable sans arrêt. Regardant le cadran il vit que son rythme cardiaque était très haut. Il voyait aussi des indications qu’il ne connaissait pas et des valeurs qui s’affolaient. Pris de panique il chercha un endroit où s’assoir mais ne trouva pas de place libre. Contraint et forcé il retourna au buffet refaire le plein et avec les crédits qu’il avait s’autorisa une autre boisson alcoolisée plus forte que la précédente. Il aurait bien besoin de ça pour supporter à nouveau les mêmes compagnons de table. Retournant à son point de départ avec le plateau chargé de victuailles il se rassit. Tous les gens autour de lui le regardaient avec un regard étrange. Mélange de tristesse et de dégout. Edgard se mit à s’empiffrer sciemment devant la jeune fille mal à l’aise et toujours en train de sangloter. Elle aussi sa montre faisait des bruits insupportables.

–       Et alors tu ne regardes pas pourquoi ta montre m’empêche d’écouter la musique éructa t’il crachant à moitié la nourriture qu’il mâchait.

–       Monsieur, vous allez laisser cette gamine tranquille?

–       Non mais de quoi je me mêle? Edgard se sentit devenir cramoisi. Faudrait éviter de la traiter en victime hein! On est tous au même niveau ici, et si j’ai plus à manger c’est que moi je bosse bien. Si ça se trouve cette petite profite juste de notre société, elle devrait être envoyée dans la colonie Slave!

Un des hommes en face de lui se leva prestement.

–       J’en ai assez entendu pour ce soir je crois.

Edgard se leva lui aussi avec force. Grisé par l’alcool, il se jeta par-dessus la table. Piétinant la nourriture qui s’y trouvait, écrasant tout pour se jeter sur l’homme. Il l’attrapa par le col et l’écrasant de tout son poids le fit tomber. Puis il se mit à lui asséner des coups sans pouvoir s’arrêter. Hurlant et rigolant en même temps.

–       Alors hein, on a moins de choses à dire comme ça! Monsieur la morale, tu m’entends? Là maintenant tu vas apprendre à t’occuper de tes affaires!

Tous les gens autour étaient horrifiés par un tel accès de rage. Depuis l’élévation personne n’avait vu un homme qui avait été choisi pour une bonne colonie avoir de telles réactions. Le gouvernement mondial profitait d’ailleurs de la boisson obligatoire pour réguler les taux d’hormones des différentes personnes afin de garder une sorte de stabilité d’humeur à tout le monde. Personne n’osait bouger et Edgard continuait son matraquage sur l’homme qui n’était plus qu’une plaie sanguinolente. La montre de celui-ci se mit à retentir d’un bruit unique et régulier signifiant qu’il venait de décéder sous les coups redoublés d’Edgard qui au lieu de se calmer semblait encore plus énervé par ce son.

Après ce qui sembla une éternité aux témoins, des droïdes arrivèrent dans la pièce et séparèrent Edgard du corps sans vie à ses pieds. Dans un dernier sursaut, Edgard cracha sur le corps inanimé pris d’un violent fou rire. Pendant que les droïdes évacuaient le corps, des hommes entrèrent dans la pièce. Ils portaient des combinaisons lourdes et tenaient des armes à la main. Celui qui semblait le plus gradé releva la visière de son casque intégral.

–       Monsieur Edgard matricule 54687595 veuillez me suivre. Vous êtes en état d’arrestation pour meurtre. Votre procès va avoir lieu au tribunal du district dans quelques minutes.

S’approchant il retira de la poche d’Edgard sa carte d’identification puis fit signe à ses hommes qui remplacèrent les droïdes pour porter Edgard qui commençait à reprendre ses esprits et qui semblait dans un état catatonique. Les droïdes se mirent alors à nettoyer toutes les traces de l’incident. Enlevant le sang, remettant la nourriture sur les plateaux et remplaçant les portions écrasées. Offrant même les restes d’Edgard à sa table.

Edgard fut transporté par les services de maintien de l’ordre jusqu’au tribunal. Il ne se rendit pas compte du trajet et n’aurait pas même su dire combien de temps il avait duré. On le fit rentrer dans une pièce lambrissé au fond de laquelle se trouvait un homme assis derrière un long bureau en bois. Le plus haut gradé fit le rapport des événements et tendit la carte d’identification. L’homme la passa dans un lecteur et semblait absorbé par une lecture sur un écran. Puis se tournant vers Edgard.

–       Monsieur Edgard matricule 54687595 vous êtes reconnu coupable de meurtre et votre sentence sera la mise à l’isolement dans la colonie Asiatique. Votre condamnation prend effet immédiatement.

Le gradé s’approcha d’Edgard et après une rapide excuse lui planta dans le coup une seringue qui lui fit perdre connaissance. Lorsqu’il se réveilla il était entravé dans un appareil étrange. Les banquettes métalliques alignées contre les murs étaient rivetées au sol. D’autres humains étaient tout comme lui enchainés, des enfants ainsi que des adultes semblant tout aussi désorientés que lui. Une voix métallique s’adressa à eux.

–       Colonie Asiatique dans 5 minutes. Lorsque le container aura atterri vous aurez une demi-heure pour franchir le mur d’enceinte ensuite de quoi vous serez abattu si vous êtes encore dans la zone démilitarisée.

Edgard ne comprenait rien et à voir les regards interrogatifs autour de lui il n’était pas le seul. Tentant de libérer ses mains il se rendit compte qu’il ne pouvait pas bouger et devait attendre. La voix métallique annonça le largage imminent puis un grand bruit se fit entendre. La cabine sembla chuter avant d’être chahutée par des mouvements étranges. Après ce qui parut une éternité elle s’arrêta dans un dernier mouvement brusque faisant basculer la plupart des humains présents. Un clac électronique retentit et ils furent libérés de leurs entraves. Puis deux pans entiers de la cabine tombèrent dans un fracas assourdissant. Autour d’eux le sol était caillouteux. Edgard remarqua que personne ne portait de combinaison de protection, ni même de casque. Il se releva en titubant encore sous l’effet probablement des drogues. Puis bousculant un peu d’autres personnes aussi chancelantes que lui il s’avança sur la plaine. Une lueur violente vint l’aveugler. Lui habitué aux lumières artificielles n’avait jamais été au contact du soleil. Le ciel était bleu et sans nuage. Regardant autour de lui il vit deux longs murs à égale distance. Sur l’un des lueurs rouges et bleues semblaient pointer dans leur direction. De l’autre de la poussière s’élevait du sol et il vit arriver des véhicules avec des roues qui s’arrêtèrent près du container. Un homme de grande taille avec un bandeau sur l’œil droit sauta sur le sol avec une souplesse dont on n’aurait pu l’imaginer capable. S’approchant il aboya des ordres autour de lui. Des hommes se ruèrent avec d’étranges outils sur la cabine qu’ils commencèrent à désosser avec dextérité.

D’autres hommes faisaient monter les enfants et les femmes dans des véhicules qui repartirent rapidement vers leur point de départ. Edgard regardait tout ça estomaqué. Rien ne semblait correspondre à l’idée qu’il se faisait de la colonie. L’homme s’approcha.

–       Et bien mon gars? Quelque chose ne va pas?

–       Où est ce qu’on est? Pourquoi je suis encore vivant? Et pourquoi vous n’avez pas de casque?

–       Tu me sembles un peu perdu pas vrai? Ne t’en fais pas tu auras un briefing complet une fois derrière nos murs. Pour le moment aides un peu à transporter les morceaux qu’on peut récupérer tu veux?

Puis s’adressant de sa voix de stentor à tous les hommes alentour.

–       Allez les gars plus que 20 minutes avant que ces enfoirés ouvrent le feu. On se magne! Récupérez tout ce qui peut être transporté et qu’on commence à faire avancer les hommes qui sont à pied!

Edgard fut poussé en avant sans ménagement par un garçonnet livide. Il suivit le mouvement sans trop comprendre ce qui se passait. Les véhicules furent chargés et les doublèrent sur le chemin du mur. Derrière lui il entendait l’homme au bandeau qui marchait avec eux.

–       On se bouge! Plus que 10 minutes. Si vous ne voulez pas finir comme eux là bougez-vous!

Edgard se retourna et vit un endroit que pointait l’homme. Au sol des restes de vêtements, des os, ce qui semblait avoir appartenu à un homme. Prit de frayeur, il accéléra le pas. Et ils franchirent les parois du mur lorsqu’ils entendirent une voix métallique éraillée déclarer.

–       Fin du temps autorisé, la zone est à nouveau interdite à toute personne humaine.

Un étrange bruit d’électricité et une forte odeur d’ozone vint titiller les narines d’Edgard. L’homme au bandeau lui tapota l’épaule et lui indiqua la plaine d’un signe de tête. Arrachant une branche à un petit arbuste il le lança dans la plaine. A peine la bordure du mur traversée un arc électrique vint frapper le bois qui explosa en petites échardes.

–       Et encore tu n’as pas vu de quoi sont capables les tourelles automatiques en face.

L’homme semblait chercher quelque chose des yeux. Puis ayant visiblement trouvé son bonheur il pointa son doigt en l’air. Edgard vit pour la première fois de sa vie un oiseau volant. Il semblait planer majestueusement au-dessus de la plaine. Semblant être attiré par quelque chose près des restes du container qu’ils voyaient au loin, il se laissa descendre lentement. Mais alors qu’il arrivait près du sol une salve de tirs vint le cueillir en vol et l’éparpilla autour des restes métalliques.

–       Bienvenue dans l’enfer mon garçon. Bienvenue dans la rébellion.

Puis l’entrainant en avant il lui fit suivre un chemin. Tout autour d’eux une jungle luxuriante semblait avoir été coupée par une lame gigantesque. La tranchée taillée était un sentier qui menait à une sorte de ville ou de village. Edgard avait du mal à juger de la taille. Tous les humains qui étaient présent avec lui avaient été rassemblés sur une sorte de petite placette. Les gens les accueillaient chaleureusement, leur donnant à manger et à boire. Edgard n’avait jamais vu autant de mets même dans les soirées spéciales. L’homme au bandeau monta sur la plateforme d’un des véhicules puis s’adressa à la foule.

–       Mesdames, Messieurs, les enfants, bienvenue dans la colonie Asiatique. Du moins à l’avant-poste de combat. La porte d’entrée de ce lieu. Oubliez tout ce qu’on vous a dit. Les humains ici ne sont pas vos ennemis au contraire. Par contre la nature elle ne pardonne pas. Nous allons vous réapprendre à vivre. Le gouvernement mondial avait laissé ici une sorte de réserve naturelle inhabitée dans laquelle des végétaux et des animaux vivaient à l’état sauvage. Les premiers à avoir été envoyés ici ont petit à petit reconstruit une société comme nos ancêtres ont pu la connaitre avant la révolte Droïdique. Lorsque le gouvernement s’est rendu compte de son erreur, ils ont envoyés des droïdes pour mater ces humains. Malheureusement ils étaient malins et organisés. Les droïdes ont été décimés. Depuis une sorte de statuquo existe. Ils ont montés des murs puis ensuite ils ont créés cette zone où vous avez atterri. Et enfin un mur d’enceinte extérieur afin qu’on ne puisse s’enfuir d’ici. Qu’on ne puisse aller prévenir les autres humains que la vraie vie c’est celle-ci.

Vous tous qui venez de la colonie Américaine, vous avez œuvré pour eux et pour les droïdes qui maintenant vous maintiennent ici. Mais nous sommes chaque jour plus nombreux. De mieux en mieux armés et organisés. Vous découvrirez si vous avez la chance d’être positionnés dans d’autres villes que nous avons petit à petit reconstruit la technologie et réapprit à fabriquer des objets, des armes. Nous faisons parfois quelques sorties, nous avons eu quelques réussites, voir même des brèches dans le mur extérieur. Mais pour le moment rien de signifiant. Mais les temps changent. Plus ils nous laissent ici, plus nous augmentons nos capacités à leur nuire. Chacun d’entre vous va être accompagné par un des nôtres pendant quelques semaines. Vous allez apprendre à vivre et survivre ici. Puis nous vous assignerons des tâches en fonction de vos compétences et capacités. Nous sommes libres ici, mais pour le rester il faut nous battre. Et ce combat est sans fin, sachez-le, vous avez toutes les chances de mourir avant de voir à nouveau l’humanité libérée des chaines que les droïdes nous ont mis au pied. Notre seule chance? Ils ne tuent pas les humains ailleurs, ils les envoient ici. Chaque nouvelle arrivée nous rend plus fort. Petit à petit…

Maintenant prenez des forces vous en aurez besoin!

 

L’homme descendit de son véhicule. Edgard était resté bouche bée tout le temps du discours. Lui tapotant l’épaule, l’homme au bandeau lui fit un sourire. Edgard lui sourit en retour. Lui qui avait pendant toutes ces années travaillé contre sa propre espèce se sentait coupable. Mais ici il voyait une nouvelle raison à sa vie. Il comprenait qu’il avait sa place et qu’il ferait tout son possible pour que les humains reprennent le contrôle de leur existence sur toute la terre. Cette terre qu’ils croyaient perdue, et qui se montrait tellement belle et vivante en ce lieu qui aurait dû être un enfer. Edgard trinqua avec les personnes autour de lui, puis prenant à manger il regarda le ciel. Tant que le soleil serait visible et brillerait, il le savait, l’espoir serait vivant et il serait désormais l’un de ses porteurs.