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Passer la frontière

Rufus en avait marre de marcher. Il suivait la longue file qui le précédait depuis une éternité maintenant. La fatigue n’aidait pas son esprit qui était embrumé. Lui qui avait tant voyagé n’arrivait pas à se faire à toutes ces formalités pesantes. La file semblait interminable, il n’en voyait d’ailleurs pas la fin. Alors il avançait presque de manière automatique. Lorsque les bribes de son esprit voulaient bien se concentrer il repensait à la journée précédant son voyage. Il avait laissé tellement de choses en suspens. Il faudrait qu’il fasse un peu de tri et gère un peu mieux ses priorités. Le plus surprenant dans la file qui le précédait était l’incroyable diversité des gens. Et leur respect les uns envers les autres. Personne n’avait essayé de le dépasser, et il n’avait pas eu l’idée lui-même de tenter d’aller plus vite.

Tout le monde semblait avancer du même pas. Un rythme certes lent mais continu. Il avait beau réfléchir il ne s’était pas arrêté depuis le départ. Par petits pas, mais toujours en train de bouger. Peut-être était-ce aussi la raison qui faisait qu’il n’arrivait pas à se concentrer plus de quelques secondes sur quelque chose. Les gens étaient tellement silencieux, d’habitude dans ce genre d’endroits les gens se mettaient à converser avec leurs voisins. En même temps aussi ce genre d’endroits laissait du temps pour le faire. De longues files, et de longues pauses.

Le temps de penser à tout ça et il pouvait voir les comptoirs se rapprocher. Il comprenait mieux le flot continu, il était difficile de les compter tous, et de ce qu’il voyait ils étaient tous ouverts. De plus on aurait dit que les gens étaient orientés en fonction de leur origine, étrange pensa-t-il qu’on puisse s’offrir les services de personnes parlant ainsi tous les différents langages qu’il imaginait pratiqués par les gens autour de lui. La file se dirigeait vers un homme qui ensuite la personne vers le comptoir adéquat. Rufus arriva devant lui. Sans qu’il ouvre la bouche il lui montra un guichet où attendait un autre homme.

Le remerciant il s’avança. Rufus ressentit une violente douleur dans la poitrine. Il attrapa sa chemise à pleine main, et se plia en deux. Il se remémora la veille, lorsque sa fille lui avait annoncé son mariage. Il n’avait pas été très gentil avec elle. Il n’aimait pas son futur mari, pour autant il aurait dû se montrer heureux pour elle. Au moins la féliciter. Rufus regrettait son comportement. La douleur disparut lui laissant une impression de brulure en travers de la poitrine. Reprenant difficilement son souffle il ne remarqua pas qu’autour de lui personne n’avait fait le moindre geste dans sa direction. Se redressant il se jura de rappeler sa fille. Il fallait qu’il s’excuse, c’était la moindre des choses. Et puis il était fier qu’elle lui demande d’être conduite à l’hôtel à son bras. Lorsqu’il aurait passé le comptoir il allait trouver un endroit d’où lui passer un coup de fil. Lentement il se dérida. Il ne fallait pas regretter les mauvais choix, il fallait au contraire les assumer et les corriger.

Reprenant sa marche lente il oublia très vite la douleur qui l’avait terrassé. L’homme le salua et tendit une main dans sa direction. Rufus se rendit compte qu’il n’avait pas les papiers nécessaires à la main. Il se mit à palper ses poches, à fouiller et découvrit un carnet noir étrange qu’il ne connaissait pas. Instinctivement il sût que c’était ce qu’attendait l’homme. Il le lui tendit. Celui-ci le prit, l’ouvrit et commença à tourner les pages une par une. Il semblait prendre beaucoup de temps sans que Rufus ne le remarque véritablement. L’homme s’arrêta sur une page. Il ouvrit un livre situé devant lui que Rufus découvrit. Cherchant quelque chose dedans il s’arrêta sur une page et se mit à suivre les lignes avec son index. Rufus regarda mais les caractères écrits lui semblaient incompréhensibles.

Soudain la douleur dans sa poitrine le reprit. Rufus bascula en avant et réussit à rester debout en se tenant au comptoir. Le souffle coupé, il aurait voulu pouvoir plonger sa main dans son torse comme si cette simple idée avait pu le soulager. La douleur rayonnait si violemment qu’il était agité de tremblements. De la sueur perla à son front. Levant les yeux cherchant de l’aide vers l’homme au guichet, il découvrit que celui-ci avait toujours le nez plongé dans son livre l’index naviguant de ligne en ligne. Rufus tenta de parler mais aucun son ne sortit de sa gorge. Il agita la main sur le comptoir, mais sans plus de succès. Un éclair blanc l’aveugla. Il se revit la veille, il venait de finir de remplir sa valise. Il avait glissé les billets dans sa veste et pestait car il était en retard. Le coup de fil de sa fille l’avait mis en colère sans aucune réelle raison. Il claqua la porte de son appartement, et se dirigea vers l’ascenseur, sa lourde valise dans son sillage. Une fois le bagage chargé, il referma le coffre un peu trop fortement. Il sursauta et se retrouva au comptoir. La douleur commençait lentement à s’effacer comme la dernière fois. Il avait l’impression que mille tisons ardents cloquaient sa peau sans vraiment comprendre ce qui lui arrivait. Ouvrant sa chemise il regarda mais ne vit aucune marque particulière. Alors il se redressa. L’homme au guichet semblait absorbé par quelque chose. Il avait visiblement trouvé ce qu’il cherchait.

Il referma le gros volume et un nuage de poussière sembla s’en dégager. Rufus cligna des yeux, mais tout paraissait normal. L’homme reprit la lecture du carnet noir. Puis le tendant à Rufus il lui adressa la parole pour la première fois depuis qu’il était arrivé au comptoir.

–          Rufus Derecksmayer, je suis navré mais vos papiers ne sont pas en règle.

–          Comment ça pas en règle répéta Rufus abasourdi. Pourtant j’ai l’habitude de voyager et je n’ai jamais eu le moindre souci jusqu’à présent.

–          Je suis désolé mais je ne peux valider votre laisser passer. En effet il manque des pièces à votre dossier. D’ailleurs je dois vous avouer que je ne comprends pas qu’on vous ai permis d’arriver jusqu’ici.

–          Mais enfin c’est incroyable ! Avez-vous un supérieur ? Quelqu’un avec qui je pourrais m’entretenir, j’ai un rendez-vous important et il est inconcevable que je ne puisse m’y rendre !

–          En effet vous avez un rendez-vous important je ne le renie pas mais je ne peux vous laisser passer la frontière. Pas tant qu’il manquera une des pièces justificatives.

L’homme tendit le carnet à Rufus qui resta sans mot dire. Il se retourna pour voir si on allait l’escorter pour le mettre en attente quelque part, mais sa vision se troubla. Le monde paraissait flou, et il fut pris de vertige. S’effondrant au sol il sentit la douleur revenir, plus vive, plus intense. Alors tout autour de lui se brouilla et il perdit connaissance.

Il se réveilla allongé sur le bitume. Des hommes autour de lui s’agitaient. Une lumière brillante clignotait tout prêt, éclairant les visages de lueurs bleutées.

–          On a un pouls !

Rufus voulu parler mais il se rendit compte qu’un tube obstruait sa gorge.

–          N’essayez pas de parler Monsieur on a du vous intuber. Restez calme surtout. Vous vous rappelez de ce qu’il s’est passé ?

Tout d’un coup Rufus se souvint. Son énervement, sa conduite un peu trop pressée, la peur de rater son avion, et les regrets d’avoir ainsi raccroché à sa fille. Le téléphone qu’il manipule, le cycliste qu’il évite de justesse faisant tomber l’appareil au pied de la place passager. Lui qui le ramasse en se penchant et les lumières trop vives de phares lorsqu’il se redresse derrière le volant. Puis le choc, la violence, l’airbag qui lui avait coupé le souffle. La ceinture qui s’était incrustée dans sa chair alors que sa voiture semblait comme en apesanteur.

Rufus se souvint aussi du bruit strident de la taule qui se déchire, comme si elle criait de douleur et puis le noir complet. Total, avant… Avant quoi déjà ?

 

Commentaires

  1.  » une des pièces justificative »… doit on mettre un S a justificative ?

  2.  » N’essayait pas de parler »…. faut pas un Z à n essayait ?

  3. Je prends note! merci 😉 je vais corriger ça!