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Un petit compagnon

Miles rentrait de l’école, marchant la tête basse et poussant une pierre en la frappant à chaque fois qu’il arrivait à sa hauteur. Orphelin depuis de longues années il vivait dans une pension où il n’avait guère d’amis. A l’école c’était plutôt pire d’ailleurs, son statut d’orphelin au lieu de lui attirer de la sympathie était l’objet de moqueries incessantes. Taciturne et souvent triste il faisait tout son possible pour rentrer le plus tard possible à la pension. Le printemps était arrivé depuis quelques jours déjà et le soleil restait plus longuement dans le ciel. Trop occupé à regarder sa pierre il ne remarqua pas la jeune femme qui promenait son chien et butta contre elle. « Pardon » murmura-t-il le visage toujours baissé. Miles regarda sa montre. S’il faisait un petit détour par le grand terrain vague qui bordait la ville avant de rentrer il pourrait arriver juste à temps pour le repas et ne pas risquer de punition.

Le terrain vague était une zone qui séparait les alentours de la banlieue et un complexe ultra sécurisé où l’on faisait des expériences médicales ou scientifiques. Miles ne connaissait que les rumeurs et bien entendu n’avait jamais mis les pieds à l’intérieur. On racontait tellement d’histoires qu’il avait fini par ne plus croire en aucune. Arrivé devant la grille qui délimitait la rue et la grande étendue désertique il se retourna pour vérifier qu’on ne le regardait pas, puis se faufila par un trou étroit dans le grillage. Tous les enfants du coin connaissaient la position exacte de cette entrée et s’en servaient pour aller y jouer. Des panneaux destinés à faire peur étaient accrochés tout le long avec des têtes de morts et des avertissements mais de ce que savait Miles il n’était jamais rien arrivé à personne sur ce terrain. L’herbe n’y poussait que par touffes hirsutes comme les cheveux sur le crâne de Mr Dustone le directeur de la pension. Cette simple idée le fit sourire, et il se mit à courir les bras étendus comme s’il avait des ailes et pouvait s’envoler vers un horizon plus chaleureux et agréable.

Pendant de longues minutes Miles s’amusa à grimper et descendre les petits monticules de terre qui peuplaient la zone comme autant de montagnes qu’il arrivait à vaincre par son courage et sa force. Quand tout à coup il entendit un petit bruit. A mi-chemin entre des pleurs et des couinements. S’approchant silencieusement et avec précautions il fit le tour d’une motte de terre. Il sursauta lorsqu’il vit la petite chose d’où émanaient les bruits. On aurait dit un petit chien, mais il était d’une étrange couleur pourpre. Il n’avait jamais vu pareil animal et se demandait bien ce qu’il faisait là. Regardant vers le complexe il se demanda si les racontars sur des expériences sur les animaux ne pouvaient pas être la source de cette petite créature. Il s’approcha la main tendue, se pliant en deux afin de ne pas l’effrayer. La petite bête leva vers lui des yeux étrangement intelligents. Miles s’arrêta comme hypnotisé. Il ressentit une affection sans limite pour cette pauvre petite chose abandonnée. Bizarrement l’animal ne bougea pas lorsqu’il fut à portée d’elle. Tendant doucement ses doigts vers sa tête il la gratouilla lentement. L’animal la pencha comme pour lui montrer qu’il appréciait, aussi Miles s’assit-il à côté et le caressa-t-il longuement. Puis il le prit dans ses bras et le câlina.

Le soleil sombrait lentement lorsque Miles réalisa qu’il devait se dépêcher de rentrer sous peine d’être puni. Posant l’animal il s’éloigna. Mais quelques mètres à peine les séparaient qu’il ressentit une irrépressible envie de le reprendre contre lui. Malheureusement il savait que les animaux étaient strictement interdits à la pension. Pourtant il ne pouvait pas laisser cette pauvre petite bête toute seule ici. Se retournant il vit qu’elle le regardait avec ses grands yeux, ils brillaient comme si des larmes les avaient envahis. Il se précipita, la pris dans ses bras et retourna attraper son cartable. L’ouvrant il y plongea l’animal en lui expliquant qu’il ne devait pas bouger et ne pas faire de bruit. Puis il retourna à la clôture et se glissa discrètement dans la rue. Regardant sa montre il s’affola et se mit à courir en direction de la pension. L’euphorie de cette rencontre lui donna des ailes et il fit le chemin en un temps record se surprenant lui qui était toujours dans les derniers à l’école. Montant dans sa chambre il ouvrit le sac, pris l’animal et l’installa sur son oreiller dans l’armoire où étaient entassées toutes ses affaires. Tout le long du repas il ne se sentit pas bien, ne désirant qu’une chose retourner près de son nouvel ami. Il ne mangea presque rien et se fit sermonner par la surveillante générale. Afin de la calmer il mit son biscuit sec et son fruit dans sa poche sans qu’on le remarque et demanda à se retirer. Alors qu’il quittait la pièce il entendit le directeur et la surveillante espérer qu’il n’allait pas être malade parce que le docteur coutait bien trop cher pour ce genre de vermine.

Haussant les épaules il monta les escaliers quatre à quatre. Entra dans la chambre et ferma le loquet. Il s’appuya contre la porte le souffle court et en souriant se rendit vers le placard. L’ouvrant il fut pris de panique lorsqu’il ne vit pas l’animal. Mais bien vite un petit grattement le fit se retourner. Sous le lit l’animal avait étalé toutes les feuilles de son cahier de mathématique. Heureusement Miles arrivait à temps pour l’empêcher de faire des bêtises et aucune feuille n’était abimée. Il le gronda puis lui fit un câlin pour se faire pardonner. Le posant sur son lit il s’adressa à lui :

« Bon maintenant il faut qu’on te trouve un nom tu sais ? Ho et puis j’ai oublié, tu as peut être envie de faire tes besoins non ? Zut, je ne peux plus sortir… Attends je vais te faire un petit coin que je nettoierais. Il faudra être sage et faire dessus ok ? Ne bouge pas ! Ha oui, je vais t’appeler Pitchou, c’est comme ça que mon papa m’appelait avant qu’il meure dans l’accident avec maman. Pitchou, c’est mignon je trouve. Bon ne bouge pas de là je reviens ! »

Se faisant il posa Pitchou par terre avec le biscuit et la pomme. Puis il sortit discrètement de sa chambre. Se rendant dans le débarras ou de nombreux vieux journaux étaient entassés. Il en prit quelques-uns et retourna dans sa chambre sans se faire prier. Pitchou était assis là où il l’avait laissé, la pomme et le biscuit intacts.

« Et bien mon Pitchou ? Tu n’as pas faim ? Bon je te laisse tout ça par terre tu mangeras quand tu en auras envie. Peut-être est-ce que tu n’aimes pas ça. Demain à la cantine j’essayerai de te voler quelque chose de plus sympa. »

Miles étala de nombreuses feuilles de journaux par terre dans un coin de sa chambre. Puis il montra à Pitchou les journaux lui expliquant qu’il devait faire ses besoins là. Fier de lui il s’installa à son bureau et se mit à ses devoirs. Pitchou était sage au point qu’il oublia sa présence. L’heure de l’extinction des feux approcha, il prit Pitchou, le cacha dans son placard faisant glisser les journaux dessous. Puis il ouvrit le loquet de sa porte et se coucha dans le lit froid. La surveillante passa comme chaque soir, lui souhaita bonne nuit et referma la porte derrière elle. Il entendit ensuite les pas de celle-ci dans le couloir, faisant sa ronde qui allait durer jusqu’à une heure tardive. Miles savait qu’elle pouvait ouvrir la porte à n’importe quel moment pour vérifier, aussi laissa-t-il Pitchou dans le placard et tenta-t-il de s’endormir. Mais l’excitation de sa journée l’empêcha de sombrer. Jusqu’à ce que la fatigue soit plus forte et qu’il ferme les yeux sans s’en rendre compte.

Le lendemain lorsqu’il se réveilla il pensa que Pitchou était un rêve. Aussi lorsqu’il s’approcha du placard il s’attendait à le trouver aussi vide que d’habitude. Pourtant Pitchou était là, le regardant de ses grands yeux larmoyants. Miles le prit dans ses bras et le caressa longuement. Puis le remettant dans le placard il lui expliqua qu’il devait descendre déjeuner et se préparer pour l’école.

Cavalant dans l’escalier il faillit faire tomber la surveillante qui le sermonna sur son attitude. Miles baissa la tête en s’excusant mais un grand sourire barrait son visage. Il déjeuna rapidement, chipant de ci de là dans les assiettes ce qu’il pouvait donner à Pitchou. Puis il remonta dans sa chambre. Il surprit la surveillante et le directeur en grande conversation.

–          Mais je vous assure Mr Dustone que je ne suis pas rentré dans le bureau hier soir. D’ailleurs comment savez-vous que quelqu’un s’y est introduit ?

–          Tous les papiers étaient là, rangés, mais pas dans l’ordre où je les avais laissé. Je sais parfaitement ce que je dis ! Un de ces petits voyous a surement fait le coup.

–          Non Mr Dustone, j’ai monté la garde jusqu’à 1 heure du matin et je puis vous assurer qu’aucun de nos pensionnaires n’aurait pu échapper à ma vigilance ! Pour qui me prenez- vous ?

–          Bien nous en reparlerons plus tard si vous le voulez bien, j’ai du travail.

Miles entendit ensuite la porte du bureau claquer. Levant un sourcil étonné, il s’élança à nouveau dans l’escalier jusqu’à sa chambre. Pitchou n’avait pas bougé, il était toujours installé dans le placard sagement. Miles lui donna les restes qu’il avait pu récupérer et pendant qu’il se préparait pour l’école il le laissa vadrouiller dans la chambre. Incapable de se résigner à le laisser à la pension pendant la journée de cours, il l’attrapa et le mit dans son sac tout en lui expliquant qu’il faudrait être bien sage et ne pas se faire remarquer.

Sortant de la pension il se mit en route le cœur léger. Ce matin-là le ciel semblait plus clair, plus bleu, le soleil plus chaud. Miles marchait la tête relevée et disait bonjour à tous les gens qu’il croisait. De temps à autre il tapotait son sac à dos pour être sûr que Pitchou était toujours là. Arrivé en classe, il s’installa à sa place habituelle, remisant le sac de manière à ce que le professeur ne puisse le voir. Tout semblait aller pour le mieux. Lorsque le professeur lui tourna le dos pour écrire au tableau il se baissa pour regarder. Pitchou était installé les pattes et la tête sortant du sac. Il semblait regarder avec attention tout ce qui était écrit au tableau. Il tourna la tête vers Miles, et son regard si doux et si triste le fit fondre.

A la cantine Miles récupéra les restes des plateaux autour de lui, et les laissa tomber dans son sac, espérant que Pitchou trouverait dans tout ça de quoi se rassasier ou au moins patienter jusqu’au soir. Certains élèves lui souriaient et il reçut même quelques bonjours auquel il répondit. A croire qu’il avait changé depuis la veille. Miles réalisa soudain qu’il ne connaissait finalement pas bien les murs de son école. Tellement habitué à marcher la tête basse il avait pris pour référence le sol et le bout de ses baskets. Pitchou influait sur sa vie de manière incroyable et lui apportait enfin de connaitre des moments de bonheur dans la journée. Ce jour-là lorsque la cloche sonna il ressentit un mélange étrange de tristesse et de joie mélangé. La journée était passée trop vite, mais d’un autre côté il allait pouvoir jouer avec Pitchou dans le grand terrain vague. Pendant le cours de sport il avait récupéré une vieille balle de tennis et il espérait que ce drôle de petit chien aimerait ça. Sur le point de sortir de l’école il remarqua la voiture du Shérif garait devant. Surpris et curieux il se faufila dans les couloirs essayant de trouver où il pouvait bien être. Il ne le vit pas mais entendit la directrice de l’école qui s’adressait à lui. On aurait dit une furie hystérique. D’après elle, quelqu’un avait fouillé dans les papiers de l’école, et les livres de la bibliothèque avaient été dérangés. Le shérif ne comprenait pas comment elle pouvait en être si sûre. Pourtant la directrice d’un ton encore plus aigüe certifia que c’était la stricte vérité, la fouille avait eu lieu en début d’après-midi pendant une réunion entre elle et certains professeurs. Miles eu un soupir de soulagement, on ne risquait pas de l’accuser, c’était pendant son cours de sport que le problème était arrivé, donc il avait un bon alibi.

Oubliant bien vite l’incident il sortit de l’école et se dirigea vers le terrain vague. Arrivé dans la ruelle, il fit sortir Pitchou du sac. Puis il lui montra la balle de tennis et jongla un peu avec elle tout en essayant d’attirer Pitchou sous le grillage. Celui-ci se mit en route lorsque Miles fut de l’autre côté. Miles surexcité lança la balle, mais Pitchou le regarda étrangement, la tête penchée comme s’il essayait de comprendre. Alors Miles en courant alla chercher la balle et la déposa devant Pitchou, puis la reprenant il l’agita et la relança. Pitchou ne bougeait pas, Miles se demandait comment faire pour l’intéresser à quelque chose. L’étrange animal semblait ne porter aucun intérêt à la balle. Miles alla chercher la balle à nouveau quand Pitchou le dépassa en trombe. Riant devant la démarche un peu claudicante de celui-ci il se lança à sa poursuite. Pitchou passa à côté de la balle sans s’arrêter. Miles prit dans son élan, continua derrière lui en l’appelant mais il ne sembla pas l’entendre. Tout d’un coup une lumière violente éclaira le ciel. Suivie peu après par des ténèbres profondes qui enveloppèrent Pitchou et Miles. Celui-ci s’arrêta et frissonna. L’instant suivant il sentit son corps comme flotter, s’élevant au-dessus du sol à son insu. Pris de panique il agita les bras et les jambes, mais il semblait être attiré par une force inconnue et beaucoup trop forte pour être combattue. Fermant les yeux de peur, il ne les rouvrit que lorsqu’il sentit à nouveau un sol sous ses pieds.

Il se trouvait dans une grande pièce ronde dont les murs semblaient vivants tant les lumières et les étranges écritures clignotaient en tous sens. Il se demanda si c’était ça que les panneaux sur le grillage tentaient de prévenir. Peut-être était-il dans l’étrange laboratoire. Il se tourna dans tous les sens mais se sentait complètement perdu. Soudain Pitchou se trouva devant lui, d’un signe de tête il sembla lui indiquer de le suivre. Miles se mit en route derrière lui. Ils traversèrent des portes comme celles d’un centre commercial qui s’ouvraient toutes seules. Enfin ils entrèrent dans une pièce aux dimensions gigantesques. Devant lui sur d’étranges fauteuils deux énormes créatures pourpres semblaient installées. Pitchou s’approcha d’eux et soudain se mit à émettre des sons que Miles ne l’avait jamais entendu faire. Un peu en retrait il ne comprenait pas ce qui se passait.

–          Papa, Maman, ma mission sur cette planète est terminée. Ces créatures sont primitives, j’ai profité de mon séjour pour fouiller un peu autour de moi. Et je peux vous assurer qu’ils sont à peine au niveau de nos animaux d’élevage. D’ailleurs nous pouvons contrôler leurs pensées tant elles sont basiques. Le conseil peut installer sur cette planète une unité de production pour l’alimentation sans soucis.

–          C’est bien mon garçon, mais dis-moi pourquoi tu as amené cette chose avec toi ?

–          Et bien en fouillant j’ai vu que cet animal n’avait pas de famille, rien qui le tenait attaché à son environnement, alors je voulais savoir si je pouvais l’adopter ? Promis Papa, je m’en occuperais bien, je lui ferais une petite maison rudimentaire et je le soignerais bien ! Allez s’il te plait laisse-moi l’adopter !

–          Attention, s’il fait des dégâts ou s’il fait ses besoins n’importe où tu seras tenu pour responsable !

–          Oui Papa, juré je m’en occuperais bien ! Merci !

Miles dans l’ombre n’avait rien compris de l’échange, il vit Pitchou se retourner et le regarder avec son regard larmoyant. Il s’assit attendant qu’on s’occupe enfin de lui.